Ce carrefour étendu, où convergent peu ou prou la Rue de la Butte-aux-Cailles, la rue de l'Espérance (concernant la Commune, faut pas rêver...), la rue des Cinq Diamants, la rue Alphand et la rue Buot, n'avait pas de nom il n'y a pas si longtemps. L'actuelle municipalité a sans doute voulu y consacrer un moment tout de même incontournable de l'histoire de Paris ; jusqu'à ce qu'une municipalité de bord opposé s'empresse d'effacer ce souvenir, honteux pour et aux yeux des bourgeois ; à moins qu'on ne cultive la méprisante élégance d'exposer désormais sans crainte ce qu'on sait avoir
tué . La butte, rattachée à Paris en 1860, faisait autrefois partie de la commune de Gentilly et n'accueillit à partir de 1850 que des baraques de fortune peuplées de chiffonniers, de misérables, chassés de Paris par les démolitions et expropriations de M.Haussmann, qui pouvaient se consoler en admirant la vue qui s'offrait à eux sur la ville tandis qu'ils pataugeaient dans des chemins boueux sans pavés ni éclairage en bordure des marécages de la Bièvre : une "favella" parisienne en quelque sorte. On notera que le procédé devait se reproduire tout au long des "Trente glorieuses" du siècle suivant mais qu'on prit la précaution d'enfermer les pauvres dans l'architecture concentrationnaire des "cités", désormais installées loin de Paris et qui promettent de poursuivre leurs explosions périodiques puisque aucun parti ne s'est encore donné pour programme la suppression de l'ignorance et de la misère. Les bourgeois ont fait sur la capitale ce que le général nazi Von Choltitz se refusa de faire en 1944 : détruire toute trace historiquement significative, à commencer par la
présence d'une classe populaire. Car il ne faut pas confondre l' historiquement significatif avec le touristiquement significatif, sans doute bon pour les magyaro-poldèves de confession mazdéenne et pour le petit commerce ; mais c'est tout ce qui reste. Oh, certes ! vit-on jamais autant d'expositions, salons, musées, galeries, concerts, "évènements" municipaux ou nationaux, atteignables bien sûr en "vélib"...? Poudre aux yeux pour nantis. On peut signaler pour le côté anecdotique que c'est sur cette butte alors déserte que Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes posèrent la première montgolfière en octobre 1783, laquelle avait commencé ce premier vol habité du côté de la Muette. Le cliché est dirigé vers le NE et les horreurs bétonnières du secteur de la Place d'Italie.
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